Horreur Cosmique, atelier #4 : Le boulot du MJ…

Voici une proposition commentée pour « le boulot du MJ », basée sur ce qui précède (et mes lectures de Machen, Delamare et autres inspirateurs de Lovecraft). Comme d’habitude, soumise à vos avis….

  • Parle aux personnages, pas aux joueurs
  • Rends l’horreur intime au personnages, partant d’eux

Le glissement dans l’horreur devrait d’une façon ou d’une autre rencontrer la nature profonde des personnages. Que ce soit leur curiosité maladive, leur sentiment d’inadaptation au monde, leurs cauchemars, etc. on en reparlera avec le chapitre sur la folie.

  • Fais ton action, mais brouille les pistes
  • Fais ton action, mais ne prononce jamais son nom
  • Rends l’environnement de départ réaliste, voire prosaïque 

Dans tous les récits « modernes » d’horreur, et ceux de Lovecraft et ses inspirateurs, on commence par construire un monde rassurant, fait de détails précis, quantifiés, banal….pour rendre plus effrayant son effondrement, qui est analogue a celui de notre réalité. Une grande partie de l’immersion vient de là.

  • Fais glisser progressivement dans l’eerie, réduit la distance par touches

Le modus operandi de Lovecraft par excellence, et qui devra faire l’objet d’un développement (par exemple en termes d’agenda) ….

  • Pose des questions provocantes et rebondis sur les réponses
  • Réagis avec perversité, mais soit généreux de temps en temps
  • fait se retourner leurs actions contre eux
  • Ne nommes pas les entités, rends les indéfinissables, contradictoires, mal perçues

À l’inverse des « catalogues » de ADC….ce qui effraie, surtout dans l’horreur cosmique, c’est ce qui reste incompréhensible.

  • Décris l’horreur en mobilisant les 5 sens

La vue n’est pas le seul sens. Entendre l’horreur, sentir son odeur peut être plus terrifiant. La perception sera de toute façon incomplète. On ne verra jamais l’horreur entière, mais son visage, un membre, la silhouette, etc.il y a un enjeu important sur la description en général, et celles des « horreurs » en particulier, qui devraient faire l’objet d’un développement 

  • Rends « l’horreur » belle et magique

Même idée, bien que difficile a rendre simplement…et donc peut être pas à sa place ici.

  • Rend relatives les frontières du bien et du mal 

Même idée en plus général. Les entités ne sont pas hostiles, mais “curieuses” ou “généreuses”

  • La vérité est incompréhensible: chaque réponse ouvre d’autres questions

Une manière simple et directe d’appliquer ce principe. Les créatures des montagnes mettent quelque chose en boite…mais quoi ? Des cerveaux , mais pourquoi ? Pour les faire voyager, mais ou ? etc.

  • Rends toute victoire temporaire

Toute victoire « contre une horreur majeure ». Par exemple, un signe reste après son départ que la chose peut (ou va) revenir….

Crédit illustration: illustration originale tirée de Weird Tales

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  4 comments for “Horreur Cosmique, atelier #4 : Le boulot du MJ…

  1. Sildoenfein
    2 mars 2015 at 11 h 08 min

    Rends l’environnement de départ réaliste, voire prosaïque
    Fais glisser progressivement dans l’eerie, réduit la distance par touches
    Rends toute victoire temporaire

    Pour moi ces 3 points seraient mieux exprimés sur un canevas de compte à rebours pour un front horreur cosmique, qui pourrait donner une table de distance à l’horreur (cf Stealing Cthulhu) allant de « rumeurs, ouï-dire, témoignage fiable, témoins direct, confrontation, départ » et de « sur des objets sans signification, sur des objets, sur des plantes, sur des animaux sauvages, sur des animaux domestiques, sur des humains, sur des humains connus, sur des proches, confrontation ». Et peut-être aussi « les effets indirects, les effets directs, l’horreur! ».

    Décris l’horreur en mobilisant les 5 sens

    Les conseils en dessous sont plus utiles que ce principe qui devrait s’appliquer à toute description. -> « Ne décris jamais entièrement ni précisément l’horreur, n’en donne que impressions, des bribes incomplètes. » Une description froide et clinique sera plus appropriée pour les effets de l’horreur.

    Ne nomme pas les entités.

    Je suis ambivalent là-dessus. Je saisis l’intérêt et les raisons du principe en théorie. Mais en pratiques, si tu ne présente pas un nom aux joueurs, ils vont en donner un pour pouvoir en parler et il y a une bonne chance que celui-ci déforce l’horreur (surtout s’ils se sentent menacés dès le départ). Les PNJ de toutes façons vont en donner un en en parlant (a fortiori s’il y a articles de presse). Cela fonctionne beaucoup mieux à l’écriture qu’à une table de jeux.

    Rend relatives les frontières du bien et du mal. Même idée en plus général. Les entités ne sont pas hostiles, mais “curieuses” ou “généreuses”

    les entités sont dangereuses et incompréhensibles. Curieuses à la rigueur. Généreuse on entre déjà dans anthropomorphisation, dans la compréhension (ou la projection). Ça peut fonctionner pour de l’horreur, moins pour de l’horreur cosmique.

    Pose des questions provocantes et rebondis sur les réponses

    Je m’interroge. L’impuissance est un des moteurs de l’horreur. Avec ce principe, on donne du contrôle aux joueurs. Je ne suis pas sûr…

    Réagis avec perversité, mais soit généreux de temps en temps
    Fait se retourner leurs actions contre eux

    Par contre les personnages sont déjà totalement impuissant face à l’horreur. Est-ce que cela n’est pas trop en ajouter ? Est-ce que cela ne risque pas de distraire ? Ce n’est pas l’apocalyspe (enfin, peut-être que si, mais ce n’est pas post-apo), le monde normal n’est pas aussi dur et face à l’horreur ils auront déjà bien assez à faire. Ici non plus je ne sais pas.

    Sildoenfein

  2. Maitresinh
    2 mars 2015 at 11 h 36 min

    merci du retour. J’ai l’article suivant en brouillon depuis un moment, et c’est bien d’avoir de la contradiction avant.

    – Le compte a rebours, totalement. Ca serait donc moins un « agenda » concret qu’un meta agenda sur MJ, meme si les deux communiquent . A voir, mais je supprime donc.

    – les 5 sens: ok on précise. Mais la description cilinique, ça peut etre antithétique du principe, meme si je suis d’accord. A voir les circonstances qui guident le MJ vers l’une ou l’autre.

    – Ne nomme pas : la je ne suis pas d’accord. C’est justement une des déviations de adc à éviter. Pour moi ça ne pose pas de probleme, comme dans les romans, tu as la chose de LIEU, l’apparition, etc…qui jusqu’a un point, n’est meme pas évoquée par les PJ justement a cause de son caractere « impossible ». Apres, rien n’empechent les PJ de « trouver » un nom dans un manuscrit, ce qui peut participer du plaisir du jeu (la divinité des Kamchas, l’idole reptilienne du De Vermis misterris, etc…). elle peut avoir (et a généralement, chez Lovecraft) plusieurs noms de ce fait.

    Je pense que la créature, en début de jeu, ne pre-existe que sur les « themes » qu’elle implique, le reste étant a creer.

    – idem, pour la générosité des creatures. Le point le plus important, c’est l’insignifiance de l’humanité. Donc l’hostilité, ca serait déja accorder de l’importance. La générosité ne sera pas systématique, mais je pense que la perversité qu’elle implique ( t’aider en te rendant in-hjmain….le cerveau dans une boite) est plus perturbante que juste une volontée de tuer. Elle débouche aussi sur l’aspect « sense of wonder » du genre, melée d’horreur (chic, on va aller sur pluton…Enfin, mon cerveau…)

    – Pour le reste, d’accord. Mais il faut quand meme de la liberté d’action aux joueurs. donc a ce stade, je ne sais pas trop…

  3. Sildoenfein
    2 mars 2015 at 12 h 55 min

    Sur le nommage, je ne veux pas du tout dire « horreur chasseresse » ou « Astur », mais pour éviter que les joueurs ne parlent très vite du « poissoneux » ou du « désherbant ». Un dérapage de ce genre est très vite arrivé, surtout après un moment de tension, pas catastrophique mais pas non plus vraiment rattrapable, c’est juste dommage.

  4. Maitresinh
    2 mars 2015 at 13 h 09 min

    j’en suis bien conscient. Dans ce cas, il serait interessant de rajouter explicitement des procédures de « nommage », sur le mode que j’ai décrit (ce qui peut etre l’objet d’une action ?). Le MJ doit avoir son role a tenir pour le « nommage temporaire » jusqu’a ce que les jours mettent leur nez dans un livre, relient des liens ou « nomment » la chose.

    Du coup, ca peut donner lieu a quelque chose de d’interessant, peut etre meme de poétique (la couleur tombé du ciel, les ailes de la nuit – et pas les griffes – la chose qui rampe, etc…) et oui, faire attentio aux adjectifs (le rampeux, le glougouteur). Quoique.

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