Quelle place pour les contrées du rêve ? [ Horreur Cosmique / Atelier 1.1]

 Je n’avais pas prévu d’aborder le sujet des contrées du rêves dans Horreur Cosmique I: Etrange éons, mais suite à l’intervention (passionée) de Mat sur ce thème, et compte tenu de mon intention affichée de réaliser le jeu avec les joueurs, je pouvais difficilement me dérober. C’est d’ailleurs tout à son son honneur d’avoir attiré mon attention sur ce point, et je me suis donc replongé dans la lecture de Dagon. L’atelier 2 portera fait une embardée dans les « contrées du rêve ». Quelle est la nature de la fiction de ce « cycle » ? Est elle suffisament proche, ou identique à celle du « mythe de Cthulhu » pour être confondue dans le même projet ? …

 

On commence par la réponse….

Après mure réflexion et lectures, ma réponse est (bien sur ?) négative. Les contrées du rêves ont une cohérence propre, distincte des histoires du « mythe » (même si…), qui exige un traitement à part dans le cadre du système apocalyse. C’est cet avis que je vais essayer de brosser ci dessous, esquissant du même coup les bases de ce que pourrait être Etrange Eons:  les contrées du rêve.

Pour commencer, on observera que le parti pris du JDR de l’appel de Cthulhu était plutot de relier les deux univers fictionnels. Le supplément décrit l’univers des contrées du rêve, mais les personnages que l’on y joue sont les mêmes que ceux que l’on interpète habituellement.

Et cette transcription de l’univers de Lovecraft pose un premier problème. Si les personnages sont déja assez minces dans le « mythos » (question que l’on abordera dans un prochain atelier), ils sont completement éthérés dans les récits des contrées du rêves. Ce ne sont pas des « medecins » ou des « policiers » qui s’y aventurent mais des hommes mal adaptés dans le monde réel, dont l’existence se révèle généralement plus riche dans les contrées (en particuliers dans les contes de Dagon, qui forment l’essentiel du corpus avec les aventures de R. Carter).

Transcrire cela dans le système Apocalyse suppose que les personnages ne peuvent pas être basés sur des « professions » mais sur ce qui les fait balancer entre la « realité » et les contrées. Nostalgie de l’enfance perdue pour Kuranes, visions plus belles que la réalité pour Polaris, poursuite de la perfection dans le bateau blanc…auquel on peut ajouter la rôle que jouent les personnages dans les contrées du rêve, généralement important (Roi pour Kuranes, défenseur dans Polaris, etc…) qui peut bousculer le monde établi.

Corrolaire: on ne se balade pas dans les contrées du rêve comme on prend le bus 35. On balance entre la « realité » et le rêve, d’une façon très difficilement controlable et surtout instable. L’une ou l’autre des dimension fini par gagner, l’autre meurt (contrairement au supplément de l’Adc, qui « figeait » les modalités d’accès ). Tout le sel des histoires est dans cette tension et dans la fin paradoxale: soit le protagoniste est exclu du monde du rêve, soit il y reste mais son moi réel tombe dans la déchéance. Et cela devrait être le point névralgique d’un jeu sur les contrées du rêve, au coeur de l’adn fictionnel du personnage (et du déroulement des histoires): un glissement d’un coté ou de l’autre.

 

De la fantasy, de la vraie ?

Evidemment, cela pose un défi puisqu’on ne pourra pas conserver indéfiniment le status-quo du passage dans les deux mondes (ce qui rend aussi la gestion des groupes délicate). Si campagne il y a, logiquement, elle évoluera à moyen/court terme uniquement dans les contrées du rêve. A part les points d’entrées terrestres, la communication entre les mondes est pratiquement nulle. il ne faut pas voir cela comme une contrainte à casser mais plutot, encore une fois, comme la structure même de l’univers.

Au long terme donc ( a moins de ne jouer qu’en « one shot »), les contrées du rêve sont un monde de fantasy, au sens plein du terme: celle qui plonge encore ses racines dans le merveilleux, les souvenirs d’une perception du monde différente, a-rationnelle, avant l’âge adulte. Bref, l’enfance. C’est dit explicitement dans les nouvelles (quand cela n’en constitue pas le thème). La encore, cet univers nimbé d’imprécision, comme les rêves, ou les bateaux peuvent s’envoler en confondant horizon et mer, ou des villes apparaissent « derrière la montagne » semble contradictoire avec l’idée d’une cartographie ou à tout le moins d’une « fixation » de ses règles, au dela de celle de la fiction. Et ici, le système Apocalyse semble bien plus à l’aise. D’autant plus quand on sait que le corpus de nouvelle est très mince et que les contrées sont a peine ébauchées.

Pour autant, il ne faudrait pas croire que « enfance » et « poésie » riment avec « disney ». Les contrées du rêve sont un endroit merveilleux…et terrible. Comme les rêves sont le domaine de la magie absolue, elles peuvent tourner au cauchemar, à la terreur la plus indicible. L’éventail des possibles est plus grand dans cet univers, ce qui fait aussi son attrait, et son ambiguité. Les chats peuvent y être anthropophages. Les nuages peuvent descendre du ciel pour vous dévorer. En cela, oui, il participe de la même nature que le « mythos ».

 

Exhortation à Ma’t

 

J’ai été surpris en relisant ces nouvelles, plus de 20 ans après (oui….) de les redécouvrir avec autant de plaisir (ce qui n’était pas le cas à 17 ou 18 ans) et surtout, de constater leur proximité avec les celles du Grand Clark Ahston Smith (jusqu’a la date de redaction). Il faudra revenir à tout cela de toute façon, car c’est bien la grande famille de l’horreur Cosmique.

En conclusion temporaire, je ne saurais trop t’inciter, Ma’t, à te lancer dans un atelier parallèlle consacré aux contrées, pour profiter du contrepoint. Mais surtout, en commençant par décortiquer la fiction de Lovecraft et à revenir aux sources. Non par soucis mono-maniaque du Canon, mais tout simplement parceque si ces histoires nous inspirent telles qu’elles sont, il faut en comprendre la cohésion interne pour pouvoir les reproduire, ce qui n’a jamais été reellement fait jusqu’ici. Rien n’empeche ensuite, dans un second temps, en connaissance de cause, d’élaborer sur cela des déviations…

 

Crédit photo: Illustration tirée de de l’extension pour l’appel de Cthulhu, les  « contres du rêves », tous droits reservés

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