Equoid de Charles Stross, prix Hugo 2014, ou la jeunesse étrange de HPL. Second extrait en vue de la parution. A partir de 3 euros

 

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Depuis le dernier extrait d’Equoid, cela faisait un moment que je n’avais pas donné de nouvelles d’ExoGlyphes. Et pourtant, il s’en passe, des choses. Le roman court de Charles Stross – dont voici un second extrait ci dessous – va enfin paraître à la fin du mois en français (à partir de 3 euros). Pour les retardataires, rappelons que ce roman court, prix Hugo 2014, poursuit le cycle Lovecratien de La Laverie, interrompu en France depuis une dizaine d’années, et qu’ExoGlyphes va ensuite entamer la traductions des autres romans. Je vous reparlerai de tout cela très bientôt….

 

Bon, je sais ce que vous pensez.

Vous pensez probablement, MAIS PUTAIN, POURQUOI H. P. LOVECRAFT ? Vous vous demandez sûrement pourquoi je lis sa correspondance privée (qu’on ne trouve dans aucune collection si amoureusement éditée par des experts comme August Derleth et S. T. Joshi), et quel est son rapport avec un cas tellement trivial que si l’on en parlait à la une d’un tabloïd, tout le monde s’en moquerait.

Nous sommes dans la Laverie, après tout. On écrit au quotidien des mémos et des notes de frais sur des horreurs baveuses, sur les trucs qui rôdent dans les ténèbres, sur les disciples dingues de N’yar Lath-Hotep, sur les adorateurs du Dormeur dans la Pyramide, sur les colonies sous-marines et lithosphériques de HADÈS BLEUS et de PROFOND SIX et sur Cthulhu lui-même. Non ?

Vous pensez sûrement que HPL était l’un des nôtres, ou peut-être qu’une agence passée l’a liquidé, ou encore que ses lettres contiennent de grands et terribles mystères comme la sagesse secrète des anciens et qu’il faut les manier avec des pinces en amiante et les lire avec des lunettes de soudeur.

Eh bien, vous auriez tort. Mais ce n’est pas de votre faute. Vous faites la même erreur que ceux qui pensent que les avions de ligne modernes peuvent voler depuis le décollage jusqu’à l’atterrissage en autopilote, que Saddam avait vraiment des armes de destruction massive (que l’on n’a pas réussi à trouver, c’est tout) et que le Remplisseur de chaussettes qui apporte des cadeaux en passant par la cheminée le jour de Papa Newton est un gentil bonhomme joyeux. Vous avez écouté les exagérations d’experts en autopromotion : les relations publiques des fabricants d’avions, les politiciens douteux et l’industrie de la carte de vœu.

Même chose pour ce bon vieux HPL : parangon du hipster du 18e siècle, né plusieurs décennies trop tard pour devenir l’un de ces poètes romantiques accrocs au laudanum qu’il admirait et qui n’avait aucun scrupule à nous ennuyer en radotant et en radotant sur l’état scandaleux de notre culture depuis la mort d’Edgar Allan Poe, sur la dégénérescence de l’ère moderne, etc., etc., etc…

C’est à cause de ses fans que sa réputation a pris une ampleur démesurée. Ils pensent qu’il est LA source de sagesse au sujet des dieux anciens, des astres qui deviennent propices et de ces horreurs aux noms improbables comme Shub-Niggurath, la chèvre noire aux mille chevreaux qui se multiplie sans jamais s’arrêter dans les profondeurs les plus sombres de la forêt… Alors qu’en fait, ses écrits sont l’équivalent occulte de l’Anarchist Cookbook.

[…]

L’Anarchist Cookbook, avec ses plans de bombes brouillons et dangereux, a fait au moins moitié moins de victimes que le mythe de Cthulhu tel qu’inventé par HPL. Heureusement, ses écrits ressemblent à de la fiction et non à des recettes allégoriques, du moins pour la plupart des gens. Mais parfois, ses lecteurs deviennent obsédés par l’idée que des connaissances primordiales y sont cachées et tentent de reconstituer le plan de la bombe artisanale métaphorique qu’il présente en oubliant que le contrôle qualité n’était pas du tout son point fort.

 

Traduction de David Creuze. Publication du roman cours en VF en fin de mois sur ExoGlyphes.

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